Surdose d’opioïdes au travail: reconnaître les signes et intervenir
Une personne est retrouvée inconsciente dans une salle de bain, un vestiaire, un véhicule ou un espace isolé de l’entreprise. Elle ne répond pas lorsqu’on lui parle et sa respiration semble extrêmement lente. Elle produit peut-être même un bruit qui ressemble à un ronflement.
S’agit-il simplement d’une personne endormie? D’un malaise? D’un arrêt cardiaque? D’une surdose d’opioïdes?
Dans une telle situation, il ne faut pas perdre de temps à essayer d’établir un diagnostic précis. Une surdose d’opioïdes peut provoquer une dépression respiratoire grave et devenir mortelle. Lorsqu’elle est soupçonnée, il faut rapidement appeler le 911, administrer de la naloxone lorsqu’elle est disponible et porter assistance à la personne jusqu’à l’arrivée des services d’urgence.
Pour les entreprises québécoises, la question mérite donc d’être intégrée à la réflexion entourant les premiers soins, particulièrement dans les milieux accueillant du public ou dans lesquels une analyse des risques démontre qu’une telle urgence pourrait raisonnablement survenir.
Qu’est-ce qu’une surdose d’opioïdes?
Les opioïdes regroupent plusieurs substances et médicaments, notamment la morphine, l’oxycodone, la codéine, le fentanyl, l’héroïne et la méthadone.
Ces substances agissent notamment sur les régions du cerveau qui contrôlent la respiration. Lors d’une surdose, la respiration peut devenir progressivement plus lente et moins efficace jusqu’à cesser complètement. Le cerveau et les autres organes ne reçoivent alors plus suffisamment d’oxygène.
Il est également important de comprendre qu’une surdose n’est pas nécessairement associée à une consommation volontaire de drogues illicites.
Le Gouvernement du Québec rappelle que des opioïdes peuvent se retrouver dans des substances provenant du marché non réglementé sans que la personne connaisse leur composition exacte. Des opioïdes puissants comme le fentanyl peuvent notamment contaminer ou être mélangés à d’autres drogues. Une surdose peut donc être accidentelle.
Les médicaments opioïdes prescrits comportent eux aussi un risque de surdose, notamment lorsqu’ils sont utilisés incorrectement ou combinés à certaines autres substances.
Les principaux signes d’une surdose d’opioïdes
Reconnaître rapidement une surdose peut sauver une vie.
Parmi les signes qui devraient immédiatement attirer l’attention :
- personne impossible ou très difficile à réveiller;
- absence de réaction lorsqu’on lui parle ou qu’on tente de la stimuler;
- respiration très lente, faible, irrégulière ou absente;
- bruits inhabituels ressemblant à des ronflements, des gargouillements ou des sons de suffocation;
- somnolence extrême;
- peau froide et moite;
- lèvres ou ongles qui deviennent bleus, gris ou violacés;
- pupilles extrêmement petites;
- corps mou ou immobile;
- difficulté importante à parler, marcher ou rester éveillé.
Certains cas peuvent toutefois présenter des manifestations différentes, notamment une raideur ou des mouvements ressemblant à des convulsions.
Attention au « ronflement »
Un des signes pouvant être mal interprétés est justement une respiration bruyante ressemblant à un ronflement.
Une personne inconsciente qui produit des gargouillements ou des bruits de suffocation ne devrait jamais simplement être laissée à dormir. Si elle ne répond pas normalement et que sa respiration est anormale, la situation doit être considérée comme une urgence médicale.
Que faire si une surdose d’opioïdes est soupçonnée au travail?
L'objectif est simple : rétablir ou maintenir la respiration et obtenir rapidement des soins médicaux.
1. Vérifier que les lieux sont sécuritaires
Avant d'intervenir, observez rapidement l'environnement.
Ne manipulez pas inutilement des aiguilles, des poudres ou des substances inconnues présentes sur les lieux. Utilisez les équipements de protection appropriés, notamment des gants lorsqu’un contact avec du sang ou des liquides biologiques est possible.
Le Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail recommande aux intervenants de ne pas manipuler un produit inconnu en cas de doute.
2. Vérifier la réaction et la respiration
Essayez de réveiller la personne et vérifiez sa respiration.
Une personne qui ne répond pas et qui ne respire pas normalement nécessite une intervention immédiate.
3. Appeler le 911
Une surdose d’opioïdes est toujours une urgence médicale.
Composez le 911 ou demandez clairement à quelqu’un de le faire. Suivez ensuite les instructions du répartiteur.
La naloxone ne remplace jamais les services médicaux d’urgence.
4. Administrer de la naloxone lorsqu’elle est disponible
La naloxone est un antidote qui bloque temporairement les effets des opioïdes.
Elle peut notamment permettre à la respiration de reprendre chez une personne victime d’une surdose d’opioïdes. Elle peut être administrée sous différentes formes, dont le vaporisateur nasal et certaines formes injectables.
Au Québec, la naloxone est disponible sans ordonnance et peut être obtenue gratuitement par la population dans les pharmacies et certains organismes communautaires.
Un avantage important : en cas de doute, l’administration de naloxone à une personne qui n’est finalement pas intoxiquée aux opioïdes est considérée comme sécuritaire. Elle ne corrigera toutefois pas une intoxication provoquée uniquement par une autre substance.
Il faut suivre les instructions du dispositif utilisé ainsi que celles du 911.
5. Commencer la réanimation si nécessaire
Lorsque la personne ne respire pas normalement, les manœuvres de réanimation appropriées deviennent essentielles.
Un secouriste formé devrait appliquer le protocole appris dans sa formation et suivre les directives du répartiteur du 911. Le CCHST recommande que les personnes susceptibles d’administrer de la naloxone aient également une formation en premiers soins comprenant la RCR.
6. Prévoir que plusieurs doses pourraient être nécessaires
La naloxone agit temporairement.
Les opioïdes peuvent demeurer actifs dans l’organisme plus longtemps que la naloxone. Une personne qui semblait avoir récupéré peut donc recommencer à présenter des signes de surdose.
Une dose additionnelle de naloxone peut alors être nécessaire selon la situation et les instructions du dispositif ou des services d’urgence.
7. Ne jamais laisser la personne seule
Même lorsqu’elle recommence à respirer ou reprend connaissance, restez avec elle jusqu’à l’arrivée des ambulanciers.
Une évaluation médicale demeure nécessaire puisque les symptômes peuvent réapparaître.
Ce qu’il ne faut PAS faire lors d’une surdose
Certaines réactions peuvent retarder les soins et mettre davantage la personne en danger.
Le Gouvernement du Québec recommande notamment de ne pas :
- attendre avant d’intervenir;
- laisser la personne seule;
- tenter de la réveiller en la frappant;
- lui faire prendre une douche ou un bain froid;
- lui administrer d’autres drogues;
- effectuer des manœuvres de RCR sur une personne qui est consciente.
La priorité demeure : 911, naloxone lorsqu’elle est disponible, assistance respiratoire ou RCR lorsque nécessaire et surveillance continue.
Une entreprise québécoise doit-elle obligatoirement avoir de la naloxone?
Il faut ici distinguer l'obligation réglementaire générale en premiers secours d'une mesure additionnelle découlant de l'analyse des risques de l'entreprise.
Au Québec, les employeurs doivent notamment fournir un nombre adéquat de trousses de premiers secours accessibles et conformes aux exigences applicables de la norme CSA Z1220. Les trousses doivent également être maintenues propres, complètes et en bon état.
Le Règlement sur les normes minimales de premiers secours et de premiers soins impose également différentes obligations concernant les secouristes, l’accessibilité des trousses, les communications avec les services d’urgence, l’affichage et le registre des premiers secours.
La naloxone n'est toutefois pas présentée par la CNESST comme faisant partie du contenu minimal obligatoire de la trousse standard.
Son ajout peut néanmoins être envisagé comme mesure supplémentaire à la suite d’une analyse des risques du milieu.
Le CCHST souligne d’ailleurs que certaines organisations ont choisi d’intégrer la naloxone à leur programme de premiers soins ou de la rendre accessible lorsqu’elles accueillent du public.
Dans quelles entreprises une trousse de naloxone peut-elle être particulièrement pertinente?
L’analyse devrait être faite au cas par cas.
La présence de naloxone pourrait notamment mériter d’être évaluée dans :
- les entreprises ouvertes au public;
- les centres commerciaux;
- les hôtels;
- les restaurants et bars;
- les installations sportives;
- les organismes communautaires;
- les bâtiments municipaux;
- les établissements ayant des toilettes publiques;
- les entreprises où des travailleurs œuvrent seuls ou dans des secteurs isolés;
- certains milieux de transport ou de sécurité;
- les lieux où une surdose ou un incident similaire s’est déjà produit.
L’objectif n’est pas d’étiqueter ou de surveiller certains travailleurs. Il s’agit plutôt d’appliquer la logique habituelle de prévention : identifier les risques, déterminer leur gravité potentielle et mettre en place des moyens adaptés.
Cette approche rejoint la démarche de prévention de la CNESST consistant à identifier, corriger et contrôler les risques présents dans le milieu de travail.
Avoir de la naloxone sans procédure : une fausse sécurité
Acheter une trousse et la déposer dans une armoire ne suffit pas.
Une entreprise qui décide d'intégrer la naloxone à ses mesures d'urgence devrait notamment prévoir :
- son emplacement;
- une signalisation claire;
- les personnes pouvant y accéder;
- la formation des secouristes;
- une procédure d'appel au 911;
- la RCR et l'utilisation du DEA lorsque la situation l'exige;
- les équipements de protection nécessaires;
- la vérification régulière de la date d'expiration;
- les conditions d'entreposage;
- le remplacement après utilisation;
- la documentation de l'intervention;
- un retour sur l'événement après l'urgence.
La naloxone doit notamment être protégée de la lumière et conservée conformément aux recommandations du fabricant. Le Gouvernement du Québec précise également qu’il faut éviter de la laisser au froid puisqu’elle peut geler.
Intégrer la naloxone à la vérification du matériel de premiers soins
Une entreprise qui possède déjà un programme de vérification de ses trousses peut facilement ajouter une vérification de la naloxone à sa routine.
Il faut notamment contrôler :
- la date d’expiration;
- l’intégrité de l’emballage;
- le nombre de doses disponibles;
- l'accessibilité;
- les conditions d'entreposage;
- la présence des instructions du fabricant.
Comme pour un défibrillateur ou une trousse de premiers soins, un équipement d’urgence n’est véritablement utile que s’il est accessible, fonctionnel et connu des personnes susceptibles de l’utiliser.
Médic Québec : intégrer la préparation aux surdoses à votre programme de premiers soins
Médic Québec accompagne les entreprises dans l’organisation et la mise à jour de leur matériel de premiers soins en fonction de leurs risques et de leur environnement de travail.
Lors d’une vérification, il peut être pertinent d’évaluer non seulement le contenu obligatoire des trousses de premiers soins, mais également les équipements complémentaires pouvant améliorer la capacité d’intervention lors d’une urgence grave.
Selon les besoins du milieu, cela peut inclure notamment la signalisation, les équipements de protection, le matériel de réanimation, les défibrillateurs externes automatisés (DEA) ainsi que l’intégration d’une solution de naloxone appropriée à la procédure d’urgence de l’établissement.
L’objectif n’est pas d’accumuler du matériel : c’est de disposer du bon équipement, au bon endroit, et de s’assurer qu’il soit prêt lorsqu’une urgence survient.
Conclusion : quelques minutes peuvent faire toute la différence
Une surdose d’opioïdes peut évoluer rapidement vers un arrêt respiratoire. Au travail comme ailleurs, reconnaître les signes et intervenir sans délai peut sauver une vie.
Retenez surtout quatre éléments :
personne impossible à réveiller + respiration anormale = urgence.
Appelez le 911, administrez de la naloxone lorsqu’elle est disponible, effectuez les manœuvres de premiers soins appropriées et restez avec la personne jusqu’à l’arrivée des secours.
Pour les employeurs, l’enjeu dépasse l’achat d’une trousse de naloxone. Une véritable préparation nécessite une analyse des risques, des secouristes formés, du matériel accessible et entretenu ainsi qu’une procédure d’urgence claire.
Sources principales
Gouvernement du Québec — Risques liés à l’usage d’opioïdes et intervention lors d’une surdose.
Santé Canada — Surdose d’opioïdes et naloxone.
Centre canadien d’hygiène et de sécurité au travail — Administration de naloxone en contexte de premiers soins et milieu de travail.
CNESST — Matériel et trousses de premiers secours en milieu de travail.
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Pour plus d’informations sur les premiers secours en milieu de travail et les exigences de la CNESST, vous pouvez également consulter le site web de la CNESST :
