Blessures professionnelles : quels sont les milieux de travail les plus à risque ?

Blessures professionnelles : quels sont les milieux de travail les plus à risque ?

Les blessures professionnelles ne surviennent pas au hasard. Certaines professions et certains secteurs d’activité exposent davantage les travailleurs aux accidents, aux chutes, aux coupures, aux efforts excessifs et aux troubles musculosquelettiques.

Cependant, le secteur d’activité n’explique pas tout. La charge physique, les longues heures de travail, les mouvements répétitifs, le manque d’autonomie, la fatigue et l’organisation du travail peuvent également augmenter considérablement le risque de blessure.

Comprendre ces facteurs permet aux employeurs de mieux cibler leurs mesures de prévention, d’adapter leurs équipements de premiers soins et de réduire les conséquences humaines et financières des accidents du travail.

Qu’est-ce qu’une blessure professionnelle?

Une blessure professionnelle est une atteinte physique qui survient pendant l’exécution d’un travail ou en raison des conditions dans lesquelles celui-ci est réalisé.

Elle peut notamment résulter :

  • d’une chute;

  • d’un contact avec une machine ou un équipement;

  • d’un effort excessif;

  • de la manutention d’une charge;

  • d’une coupure ou d’une perforation;

  • d’un objet qui frappe ou écrase un travailleur;

  • de mouvements répétitifs;

  • d’une posture contraignante maintenue pendant une longue période;

  • d’une exposition prolongée aux vibrations.

Les blessures professionnelles comprennent donc aussi bien les accidents soudains que les troubles qui apparaissent progressivement, comme les troubles musculosquelettiques.

Quels sont les milieux de travail les plus à risque?

Le rapport de l’IRSST montre que la profession et le secteur industriel jouent un rôle réel dans la répartition des blessures professionnelles. Selon ses analyses, environ 5 à 12 % de la variation observée dans les blessures peut être directement attribuable à la profession exercée ou au secteur d’activité.

Certains milieux présentent des risques plus élevés en raison de la combinaison de plusieurs dangers : travail physique exigeant, machinerie, hauteur, déplacement de charges, outils tranchants, conditions extérieures et horaires prolongés.

Le secteur de la construction

La construction fait partie des secteurs les plus fréquemment associés aux accidents du travail.

Les travailleurs peuvent être exposés à :

  • des chutes de hauteur;

  • des chutes de plain-pied;

  • des objets en mouvement ou en chute;

  • des outils électriques et tranchants;

  • des équipements lourds;

  • des installations électriques;

  • des efforts physiques importants;

  • des postures contraignantes;

  • des conditions météorologiques difficiles.

Les entrepreneurs spécialisés et les entreprises de construction de bâtiments figurent parmi les secteurs présentant des risques élevés dans l’étude de l’IRSST.

Les changements fréquents de chantier, la coactivité de plusieurs corps de métier et les échéanciers serrés peuvent aussi compliquer la gestion de la sécurité.

Les métiers de charpentier et d’ébéniste

Les charpentiers et les ébénistes sont particulièrement exposés, tant aux accidents du travail qu’aux blessures associées aux mouvements répétitifs.

Ces métiers combinent plusieurs facteurs de risque :

  • manipulation de matériaux lourds;

  • utilisation de scies et d’outils coupants;

  • travail dans des positions inconfortables;

  • gestes répétitifs;

  • exposition aux vibrations;

  • travail en hauteur;

  • risque de projection de particules;

  • pression exercée avec les mains et les poignets.

La prévention doit donc porter à la fois sur les accidents immédiats et sur les effets cumulatifs du travail physique.

L’agriculture et l’élevage animal

Les secteurs de l’agriculture et de l’élevage présentent également des risques importants.

Les travailleurs agricoles peuvent être exposés à :

  • de la machinerie motorisée;

  • des animaux imprévisibles;

  • des charges lourdes;

  • des produits chimiques;

  • des outils tranchants;

  • des surfaces irrégulières;

  • des espaces clos;

  • des horaires prolongés;

  • du travail effectué seul ou loin des services d’urgence.

Dans les activités d’élevage, les coups, les écrasements, les chutes et les efforts de manutention peuvent entraîner des blessures sérieuses.

L’éloignement géographique et le travail solitaire peuvent également prolonger le délai d’intervention après un accident.

L’exploitation forestière

Le milieu forestier combine plusieurs dangers majeurs :

  • terrain accidenté;

  • arbres ou branches en mouvement;

  • scies mécaniques;

  • véhicules et machinerie lourde;

  • conditions météorologiques variables;

  • éloignement des secours;

  • fatigue physique;

  • bruit et vibrations.

Une blessure qui serait relativement simple à prendre en charge dans un bâtiment peut devenir beaucoup plus grave lorsqu’elle survient dans un secteur isolé.

La préparation des interventions d’urgence, les moyens de communication et l’accessibilité du matériel de premiers soins sont donc essentiels.

Le secteur minier

L’exploitation minière expose les travailleurs à des environnements complexes et parfois confinés.

Les principaux risques comprennent :

  • les chutes;

  • les écrasements;

  • les collisions avec des véhicules;

  • les explosions;

  • la poussière;

  • le bruit;

  • les vibrations;

  • les espaces clos;

  • les efforts physiques;

  • les difficultés d’évacuation.

La distance séparant certaines zones de travail des services médicaux augmente également l’importance de disposer de secouristes formés et d’équipements adaptés.

Les secteurs manufacturiers

Les usines et les milieux manufacturiers présentent une grande diversité de risques selon les produits fabriqués et les procédés utilisés.

Les blessures peuvent notamment être causées par :

  • des machines en mouvement;

  • des pièces coupantes;

  • des convoyeurs;

  • des presses;

  • des outils automatisés;

  • des produits chimiques;

  • la manutention répétée;

  • les cadences élevées;

  • le bruit;

  • les vibrations;

  • les postures statiques.

Dans ces environnements, les accidents soudains peuvent coexister avec des troubles musculosquelettiques qui se développent lentement.

Le transport, l’entreposage et la manutention

Les travailleurs du transport et des entrepôts doivent souvent déplacer des charges, utiliser des véhicules ou travailler dans des zones où circulent des équipements mobiles.

Les principaux dangers sont :

  • les collisions;

  • les chutes lors de la montée ou de la descente d’un véhicule;

  • les blessures au dos;

  • les objets qui tombent;

  • les écrasements;

  • les horaires irréguliers;

  • la fatigue;

  • les longues périodes en position assise;

  • les mouvements répétitifs.

Une mauvaise organisation des zones de circulation peut augmenter le risque de collision entre les piétons, les chariots élévateurs et les véhicules.

Les soins de santé et les services d’assistance

Les milieux de soins sont souvent moins associés aux accidents industriels, mais ils comportent des risques importants.

Les travailleurs peuvent être exposés à :

  • des efforts lors du déplacement de patients;

  • des mouvements répétitifs;

  • des objets piquants ou tranchants;

  • des liquides biologiques;

  • des chutes;

  • de la violence;

  • des horaires prolongés;

  • du travail de nuit;

  • une charge psychologique élevée.

La manutention manuelle des patients constitue notamment un facteur important de blessures au dos et aux épaules.

La restauration et les services alimentaires

Les cuisines commerciales réunissent plusieurs dangers dans un espace souvent restreint :

  • couteaux et équipements tranchants;

  • surfaces chaudes;

  • huiles et liquides bouillants;

  • planchers glissants;

  • produits de nettoyage;

  • gestes répétitifs;

  • rythme de travail élevé;

  • manutention de contenants lourds.

Les coupures, les brûlures, les chutes et les blessures musculosquelettiques y sont particulièrement fréquentes.

Les principaux facteurs de risque de blessure au travail

Le niveau de risque ne dépend pas uniquement du secteur. Deux entreprises exerçant la même activité peuvent présenter des résultats très différents selon leur organisation, leur culture de prévention et leurs conditions de travail.

Les demandes physiques élevées

Les demandes physiques représentent l’un des facteurs les plus constamment associés aux accidents et aux troubles liés aux mouvements répétitifs.

Elles comprennent notamment :

  • le soulèvement de charges;

  • les poussées et les tractions;

  • les mouvements rapides;

  • le travail en hauteur;

  • les déplacements fréquents;

  • les positions agenouillées ou accroupies;

  • les efforts soutenus;

  • le maintien d’une posture inconfortable.

Lorsque ces exigences sont combinées à un manque de repos, le risque augmente davantage.

Les mouvements répétitifs

Les mouvements répétés peuvent provoquer une accumulation de fatigue et de microtraumatismes.

Les quatre facteurs fréquemment associés aux troubles musculosquelettiques sont :

  • la fréquence des répétitions;

  • la force exercée;

  • la posture;

  • l’exposition aux vibrations.

Le risque augmente lorsque le travailleur répète la même tâche pendant plusieurs heures ou plusieurs années sans rotation de poste ni période de récupération suffisante.

Les longues heures de travail

Le nombre d’heures travaillées par jour ou par semaine est associé à une augmentation du risque d’accident et de troubles musculosquelettiques.

Les longues journées peuvent provoquer :

  • une baisse de vigilance;

  • un ralentissement des réflexes;

  • une réduction de la coordination;

  • une augmentation des erreurs;

  • une récupération musculaire insuffisante;

  • une plus grande tolérance aux comportements risqués.

Les heures supplémentaires fréquentes peuvent donc devenir un enjeu de santé et de sécurité, même lorsque les travailleurs sont expérimentés.

Les horaires de nuit et les quarts alternants

Les quarts de nuit et les horaires irréguliers peuvent perturber le sommeil et augmenter la fatigue.

Un travailleur fatigué peut avoir plus de difficulté à :

  • évaluer un danger;

  • respecter une procédure complexe;

  • réagir à un événement imprévu;

  • maintenir son attention;

  • manipuler un véhicule ou une machine avec précision.

Un horaire prévisible comprenant des périodes de repos adéquates peut au contraire jouer un rôle protecteur.

Le stress et les demandes psychologiques

Un niveau élevé de stress perçu au travail est associé à une augmentation du risque de blessure.

Le stress peut être causé par :

  • une cadence excessive;

  • des délais irréalistes;

  • une surcharge de travail;

  • des responsabilités mal définies;

  • des interruptions fréquentes;

  • des conflits;

  • un manque de ressources;

  • la peur de perdre son emploi.

Sous pression, un travailleur peut être tenté d’accélérer une tâche, de contourner une procédure ou de négliger un équipement de protection.

Le manque d’autonomie

Une faible latitude décisionnelle signifie que le travailleur dispose de peu de contrôle sur la façon d’effectuer son travail, son rythme ou l’organisation de ses tâches.

À l’inverse, une certaine autorité décisionnelle peut constituer un facteur de protection contre les accidents.

Un travailleur doit notamment pouvoir :

  • interrompre une tâche dangereuse;

  • signaler un problème;

  • adapter sa méthode de travail;

  • demander de l’aide;

  • prendre une pause lorsque la fatigue compromet sa sécurité.

Le manque de formation ou d’expérience

Les travailleurs nouvellement embauchés, les jeunes travailleurs et les personnes affectées à une nouvelle tâche peuvent être plus vulnérables.

Cette vulnérabilité peut s’expliquer par :

  • une connaissance incomplète des dangers;

  • une mauvaise maîtrise des équipements;

  • une hésitation à poser des questions;

  • une volonté de travailler rapidement;

  • une supervision insuffisante;

  • une formation trop générale ou uniquement théorique.

La formation devrait être adaptée à la tâche réelle, suivie d’une période d’accompagnement et d’une vérification des compétences.

La fatigue et le manque de sommeil

Le manque de sommeil peut réduire la concentration, le jugement et la capacité de réaction.

La fatigue peut provenir :

  • des longues heures;

  • du travail de nuit;

  • d’un effort physique soutenu;

  • de pauses insuffisantes;

  • de la chaleur;

  • de déplacements prolongés;

  • d’une récupération inadéquate entre les quarts.

Elle ne doit pas être considérée uniquement comme un problème individuel. L’organisation du travail joue souvent un rôle déterminant.

Un faible soutien des collègues ou des gestionnaires

Un manque de soutien social peut nuire à la prévention.

Dans un milieu où les travailleurs craignent les reproches, ils peuvent hésiter à déclarer :

  • un danger;

  • un incident évité de justesse;

  • une douleur;

  • une fatigue excessive;

  • un équipement défectueux;

  • une erreur commise.

Une culture positive encourage au contraire le signalement rapide et la correction des problèmes avant qu’une blessure ne survienne.

L’insécurité d’emploi

La peur de perdre son emploi peut pousser certaines personnes à accepter des conditions dangereuses, à travailler malgré une blessure ou à éviter de signaler un problème.

Les travailleurs temporaires ou précaires peuvent aussi recevoir moins de formation ou être affectés à des tâches variables sans préparation suffisante.

Les dangers physiques et ergonomiques

Les dangers physiques demeurent au cœur de nombreux accidents :

  • surfaces glissantes;

  • outils coupants;

  • pièces en mouvement;

  • charges instables;

  • absence de protecteur;

  • éclairage insuffisant;

  • bruit;

  • chaleur ou froid;

  • vibrations;

  • espace de travail encombré;

  • mauvaise conception ergonomique.

Ces éléments doivent être corrigés à la source lorsque cela est possible, plutôt que de compter uniquement sur la prudence individuelle.

Quels travailleurs peuvent être plus vulnérables?

Le risque dépend d’abord de l’exposition au danger et de l’organisation du travail. Certains facteurs individuels peuvent néanmoins influencer la probabilité ou la gravité d’une blessure.

Les études citées dans le rapport font notamment état :

  • d’un risque plus élevé chez certains travailleurs jeunes;

  • de différences selon le sexe ou le genre, en partie en raison de la répartition des métiers et des tâches;

  • d’une influence possible de l’état de santé;

  • d’une influence du niveau de fatigue;

  • d’une vulnérabilité liée au manque d’expérience;

  • d’un effet possible de certaines habitudes de vie.

Ces éléments ne doivent pas servir à blâmer les travailleurs. La prévention doit d’abord porter sur les dangers, la conception des tâches, les horaires, la formation et l’environnement de travail.

Comment réduire les risques de blessures professionnelles?

Une stratégie efficace doit combiner plusieurs niveaux de prévention.

Identifier les dangers

L’entreprise doit analyser les tâches réelles, et non seulement les procédures écrites.

L’analyse devrait notamment examiner :

  • les équipements utilisés;

  • les déplacements;

  • les charges manipulées;

  • les postures;

  • la fréquence des gestes;

  • les horaires;

  • les produits dangereux;

  • les tâches effectuées seul;

  • la distance des services d’urgence.

Éliminer ou contrôler les risques à la source

La priorité devrait être accordée à l’élimination du danger ou à sa réduction.

Cela peut comprendre :

  • l’automatisation d’une manutention;

  • l’installation de protecteurs;

  • la modification d’un poste;

  • l’amélioration de la ventilation;

  • la séparation des piétons et des véhicules;

  • le remplacement d’un produit dangereux;

  • l’utilisation d’une aide mécanique;

  • la réduction du poids des charges.

Améliorer l’organisation du travail

Une bonne organisation peut réduire la fatigue et les comportements dangereux.

Les mesures possibles comprennent :

  • une charge de travail réaliste;

  • des pauses suffisantes;

  • une rotation des tâches;

  • des horaires prévisibles;

  • une limitation des heures supplémentaires;

  • un nombre adéquat de travailleurs;

  • une meilleure planification des travaux urgents;

  • la possibilité d’interrompre une tâche dangereuse.

Former et superviser les travailleurs

La formation doit être pratique, compréhensible et adaptée aux dangers du poste.

Elle devrait couvrir :

  • les méthodes de travail sécuritaires;

  • l’utilisation des équipements;

  • les procédures d’urgence;

  • le port des équipements de protection;

  • le signalement des incidents;

  • les premiers soins;

  • les mesures à prendre en cas de déversement, de chute ou de blessure grave.

Préparer les interventions de premiers soins

Même avec une prévention rigoureuse, un accident peut toujours survenir.

Le milieu de travail doit donc disposer :

  • d’un nombre suffisant de secouristes;

  • de trousses de premiers soins adaptées aux risques;

  • d’un système de communication fonctionnel;

  • d’un plan d’évacuation;

  • d’un accès rapide aux équipements d’urgence;

  • d’une procédure pour appeler les services d’urgence;

  • d’un registre permettant d’analyser les incidents.

Selon les risques présents, des équipements supplémentaires peuvent être nécessaires, notamment une douche oculaire, une douche d’urgence, un défibrillateur externe automatisé, du matériel d’immobilisation ou une trousse conçue pour les blessures graves.

Adapter la prévention au milieu de travail

Il n’existe pas de stratégie identique pour toutes les entreprises.

Une usine, une ferme, un chantier, une cuisine commerciale et un bureau ne présentent pas les mêmes dangers. Les mesures de prévention, la formation et le matériel de premiers soins doivent donc être adaptés :

  • au nombre de travailleurs;

  • aux tâches effectuées;

  • aux blessures possibles;

  • à la distance des secours;

  • à l’aménagement des lieux;

  • aux produits utilisés;

  • aux horaires;

  • aux conditions environnementales.

Une trousse minimale peut être insuffisante dans un milieu isolé ou présentant des risques de brûlure, d’écrasement, d’hémorragie ou de projection chimique.

Conclusion

Les milieux de travail les plus à risque sont généralement ceux où se combinent des efforts physiques importants, des machines, des outils, des déplacements, des horaires prolongés et des dangers environnementaux.

La construction, l’agriculture, l’élevage, l’exploitation forestière, les mines, le secteur manufacturier, le transport et plusieurs métiers manuels présentent une exposition particulièrement importante. Toutefois, aucun secteur n’est entièrement à l’abri.

Les blessures professionnelles résultent rarement d’une seule cause. Elles découlent généralement d’une combinaison de facteurs physiques, ergonomiques, organisationnels, psychosociaux et individuels.

Une prévention efficace ne consiste donc pas seulement à demander aux travailleurs d’être prudents. Elle exige une analyse des tâches, une réduction des dangers à la source, une organisation réaliste du travail, une formation adéquate et une préparation efficace des interventions de premiers soins.

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Pour plus d’informations sur les premiers secours en milieu de travail et les exigences de la CNESST, vous pouvez également consulter le site web de la CNESST : 

https://www.cnesst.gouv.qc.ca/fr/prevention-securite/secourisme-en-milieu-travail/materiel-premiers-secours