Allergènes en forêt au Québec : reconnaître, prévenir et mieux gérer les risques
Allergènes en forêt au Québec : pollens, moisissures et piqûres d’insectes à surveiller
La forêt québécoise est synonyme de plein air, de travail saisonnier, de chasse, de randonnée, de camps de vacances et d’activités familiales. Pourtant, elle peut aussi exposer certaines personnes à plusieurs allergènes naturels : pollens d’arbres, graminées, herbe à poux en bordure des chemins, spores de moisissures, venin d’insectes et parfois certaines plantes irritantes ou allergisantes.
Ces risques ne signifient pas qu’il faut éviter la forêt. Il faut plutôt apprendre à les reconnaître, à planifier les sorties et à adapter les trousses de premiers soins, surtout dans les milieux éloignés ou les travaux forestiers. Selon l’INSPQ, les pollens sont les principaux responsables de la rhinite allergique saisonnière et peuvent aussi aggraver les symptômes de l’asthme. Au Québec, le pollen aurait déclenché les symptômes chez 76 % des personnes allergiques ayant eu une rhinite allergique dans les 12 mois précédents.
Quels sont les principaux allergènes en forêt au Québec?
1. Les pollens d’arbres au printemps
Au Québec, la saison des pollens commence généralement avec les arbres et arbustes. L’INSPQ décrit trois grandes saisons polliniques : les arbres et arbustes du début avril à la fin juin, les graminées de la mi-mai à la fin juillet, puis l’herbe à poux et les autres herbacées de la fin juillet à la mi-octobre.
En forêt, les pollens transportés par le vent peuvent être particulièrement problématiques pour les personnes sensibles. Les arbres comme le bouleau, l’aulne, le frêne, le chêne, le hêtre ou certains feuillus peuvent contribuer aux symptômes respiratoires. Une revue scientifique sur les forêts et allergies rappelle que les pollens anémophiles, c’est-à-dire transportés par le vent, représentent une cause importante d’allergies respiratoires liées aux forêts. Ces pollens peuvent provoquer des réactions non seulement en forêt, mais aussi à distance lorsque les conditions de vent favorisent leur dispersion.
Les symptômes les plus fréquents sont les éternuements, le nez qui coule, la congestion nasale, les yeux rouges ou larmoyants, les démangeaisons et parfois une toux ou une respiration sifflante chez les personnes asthmatiques.
2. Les graminées en bordure des sentiers et des zones ouvertes
Même si l’on parle souvent des arbres en forêt, les clairières, fossés, chemins forestiers, camps, stationnements, zones coupées et bordures de sentiers peuvent contenir beaucoup de graminées. Leur pollen est léger et peut devenir irritant lors des journées chaudes, sèches et venteuses.
Les personnes qui travaillent en débroussaillage, en aménagement forestier, en entretien de sentiers ou en camp de vacances peuvent y être exposées durant plusieurs heures par jour. Une simple randonnée peut aussi déclencher des symptômes chez une personne sensibilisée.
3. L’herbe à poux : surtout en bordure des routes et terrains perturbés
L’herbe à poux est l’un des allergènes les plus connus au Québec. Elle n’est pas typiquement une plante de sous-bois dense : elle préfère les sols perturbés, les remblais, les bords de routes, les terrains vagues, les fossés, les voies ferrées et les zones ouvertes. C’est pourquoi elle peut être présente autour des chemins forestiers, des stationnements, des entrées de sites, des camps ou des zones de chantier.
L’INSPQ souligne que le pollen de l’herbe à poux constitue une préoccupation importante en santé publique au Québec depuis plus de 30 ans et serait responsable de 50 à 90 % des allergies saisonnières dans le nord-est de l’Amérique du Nord.
Pour les entreprises forestières, pourvoiries, camps et gestionnaires de sites de plein air, le contrôle de l’herbe à poux autour des accès, bâtiments et zones fréquentées est donc une mesure préventive concrète.
4. Les moisissures et spores fongiques dans les sous-bois humides
La forêt est un milieu riche en matière organique : feuilles mortes, bois en décomposition, sol humide, mousse, souches, écorces et végétation morte. Ces conditions favorisent la présence de moisissures et de spores fongiques. Les spores peuvent irriter les voies respiratoires et provoquer des symptômes ressemblant aux allergies saisonnières.
Les milieux forestiers humides, les sous-bois peu ventilés, les zones de feuilles mortes et les périodes suivant la pluie peuvent augmenter l’exposition. La revue Forêts et allergies indique que l’humidité, la faible luminosité, la matière organique en décomposition et la faible circulation d’air rendent le milieu forestier favorable à la prolifération des moisissures.
Les personnes asthmatiques ou très sensibles aux moisissures devraient être particulièrement prudentes lors des journées humides, en automne, ou lorsqu’elles manipulent du bois mort, des feuilles ou de la matière végétale en décomposition.
5. Les piqûres d’insectes et le risque d’anaphylaxie
En forêt québécoise, les piqûres d’abeilles, de guêpes, de frelons ou d’autres insectes peuvent provoquer une réaction locale normale : rougeur, douleur, démangeaison et enflure limitée. Toutefois, chez une personne allergique au venin d’insectes, une piqûre peut entraîner une réaction grave appelée anaphylaxie.
La CNESST rappelle, dans son guide Santé en forêt, que le travailleur allergique au venin d’insectes devrait obtenir une ordonnance pour son médicament d’urgence, l’avoir sur lui en tout temps et montrer à son entourage quoi faire en cas d’urgence.
Les signes d’alerte d’une anaphylaxie peuvent inclure : difficulté à respirer, enflure du visage, des lèvres ou de la gorge, urticaire généralisée, étourdissements, faiblesse, vomissements, confusion ou perte de conscience. Dans un tel cas, il faut appeler les services d’urgence immédiatement et utiliser l’auto-injecteur d’épinéphrine si la personne en possède un ou si le protocole applicable le prévoit.
Pourquoi les allergies semblent-elles augmenter?
Les changements climatiques peuvent influencer les allergies saisonnières. L’INSPQ mentionne plusieurs effets observés sur les plantes allergènes : saison de croissance plus longue, production accrue de pollen et augmentation de l’allergénicité du pollen.
Concrètement, cela signifie que les périodes d’exposition peuvent commencer plus tôt, durer plus longtemps et devenir plus intenses. Pour les travailleurs forestiers, les entreprises de plein air, les municipalités et les camps, la prévention des allergies devient donc un élément de plus à intégrer dans la gestion des risques.
Prévention : quoi faire avant d’aller en forêt?
Avant une sortie ou une journée de travail en forêt, les personnes allergiques devraient vérifier les prévisions polliniques lorsque disponibles, prendre leur médication habituelle selon les recommandations d’un professionnel de la santé et éviter les sorties prolongées lors des journées très venteuses ou après une longue période sèche.
Il est aussi recommandé de porter des lunettes de soleil, de garder les fenêtres du véhicule fermées sur les chemins poussiéreux, de se laver le visage et les mains après l’activité, et de changer de vêtements au retour pour éviter de ramener du pollen à l’intérieur. Les vêtements longs peuvent aussi réduire le contact avec certaines plantes, insectes et tiques.
Pour les milieux de travail, la logique de prévention de la CNESST demeure pertinente : identifier les risques, corriger ce qui peut l’être et contrôler les mesures dans le temps. La CNESST rappelle que les employeurs doivent assurer la prévention par des mesures concrètes, notamment en identifiant, corrigeant et contrôlant les risques.
Premiers soins en forêt : que devrait-on prévoir?
Dans un contexte forestier, une trousse de premiers soins doit être facilement accessible, complète, propre et adaptée au milieu. Le Règlement sur les normes minimales de premiers secours et de premiers soins exige notamment que l’employeur munisse son établissement d’un nombre adéquat de trousses faciles d’accès, disponibles en tout temps, et conformes à la norme CAN/CSA Z1220-24.
Pour les travaux d’aménagement forestier, le contexte est encore plus exigeant. Le guide Santé en forêt indique que les premiers secours doivent être organisés selon les particularités du secteur forestier, avec un protocole d’évacuation connu, des secouristes en nombre suffisant, des trousses complètes à proximité et un système de communication efficace.
Dans les zones éloignées, il faut aussi réfléchir à l’épinéphrine. Le guide CNESST mentionne que les trousses doivent contenir de l’épinéphrine contre les allergies aux piqûres d’insectes lorsque le lieu des travaux est situé à plus de 30 minutes d’un service préhospitalier d’urgence, et que les secouristes doivent avoir reçu la formation adéquate pour l’utiliser.
Conclusion : profiter de la forêt, mais avec une prévention adaptée
Les allergènes en forêt au Québec ne se limitent pas au pollen. Les arbres, les graminées, l’herbe à poux en bordure des chemins, les moisissures des sous-bois et les piqûres d’insectes peuvent tous provoquer des réactions allergiques. Pour la majorité des gens, ces réactions demeurent inconfortables mais contrôlables. Pour les personnes asthmatiques ou à risque d’anaphylaxie, elles peuvent toutefois devenir sérieuses.
La meilleure stratégie est simple : connaître ses allergies, planifier ses activités, réduire l’exposition, avoir les médicaments prescrits à portée de main et s’assurer que les trousses de premiers soins sont adaptées au contexte forestier. En entreprise, en camp, en pourvoirie ou en milieu isolé, la prévention doit être organisée avant l’urgence.
Ressources utiles et sources:
INSPQ – Les pollens allergènes au Québec
https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/documents/bise/pollens_allergenes_quebec.pdf
INSPQ – Synthèse des connaissances sur les facteurs de risque environnementaux et individuels liés aux allergies aux pollens
https://www.inspq.qc.ca/sites/default/files/publications/3720-facteurs-risque-environnementaux-individuels-alergies-pollens.pdf
CNESST – Santé en forêt : prévention des principaux dangers en forêt
https://www.cnesst.gouv.qc.ca/sites/default/files/documents/dc200-1524-4.pdf
LégisQuébec – Règlement sur les normes minimales de premiers secours et de premiers soins
https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/rc/A-3.001%2C%20r.%2010
Thibaudon, M. et Besancenot, J.-P. – Forêts et allergies, Santé publique, 2019
https://shs.cairn.info/revue-sante-publique-2019-HS1-page-35?lang=fr
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Pour plus d’informations sur les premiers secours en milieu de travail et les exigences de la CNESST, vous pouvez également consulter le site web de la CNESST :
