Les 10 minutes premières minutes: votre entreprise est-elle prête?
Un travailleur s’effondre soudainement. Un employé se coupe gravement avec un outil. Une personne fait une réaction allergique sévère. Un collègue reçoit un produit chimique dans les yeux.
Le 911 est appelé immédiatement.
Mais que se passe-t-il ensuite?
Entre le moment où l’urgence est reconnue et celui où les techniciens ambulanciers paramédicaux prennent la relève, ce sont les personnes présentes sur les lieux qui doivent agir. Ces premières minutes peuvent devenir déterminantes, particulièrement lors d’un arrêt cardiaque, d’une hémorragie importante ou d’une autre urgence potentiellement mortelle.
Le délai d’arrivée d’une ambulance varie évidemment selon la localisation de l’entreprise, les conditions routières, la disponibilité des services et plusieurs autres facteurs. Les « 10 minutes » de cet article représentent donc surtout cette courte période critique durant laquelle votre entreprise doit être capable de réagir sans attendre les secours professionnels.
La véritable question est simple : si un accident grave survenait aujourd’hui, votre équipe saurait-elle exactement quoi faire?
Pourquoi les premières minutes d’une urgence sont-elles si importantes?
Dans une urgence médicale, appeler le 911 est essentiel, mais cet appel ne remplace pas les premiers gestes qui peuvent devoir être effectués immédiatement.
Lors d’un arrêt cardiaque, par exemple, le gouvernement du Québec recommande de reconnaître rapidement la situation, d’appeler le 911, de demander qu’un défibrillateur externe automatisé (DEA) soit apporté, de commencer rapidement la réanimation cardiorespiratoire (RCR) et d’utiliser le DEA dès qu’il est disponible. Québec souligne également l’importance particulière d’une défibrillation réalisée dans les premières minutes. (Gouvernement du Québec)
L’objectif d’une entreprise bien préparée n’est donc pas de remplacer les ambulanciers.
Il est plutôt de pouvoir protéger la victime, déclencher rapidement les secours et fournir les premiers soins appropriés jusqu’à l’arrivée des professionnels.
Et pour y parvenir, plusieurs éléments doivent déjà être en place avant l’accident.
1. Un appel au 911 qui ne fait perdre aucune minute
En situation d’urgence, l’improvisation coûte du temps.
Qui appelle le 911? Quelle est l’adresse exacte de l’établissement? Quelle entrée doivent utiliser les ambulanciers? Y a-t-il un numéro de porte, un quai de chargement ou un bâtiment difficile à localiser?
Au Québec, le Règlement sur les normes minimales de premiers secours et de premiers soins prévoit notamment qu’un établissement doit disposer d’un système de communication immédiatement disponible pour communiquer avec les services de premiers soins. La façon de les joindre doit également être clairement indiquée. (Légis Québec)
Une procédure simple peut faire une énorme différence :
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une personne appelle le 911;
-
une autre va chercher le secouriste;
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une autre apporte la trousse de premiers soins et, lorsque disponible, le DEA;
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quelqu’un libère l’accès;
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une personne attend les ambulanciers à l’entrée afin de les conduire directement jusqu’à la victime.
Le gouvernement du Québec recommande d'ailleurs de dégager les accès et, lorsque possible, d’envoyer quelqu’un guider les techniciens ambulanciers paramédicaux à leur arrivée. (Gouvernement du Québec)
Dans une usine de plusieurs milliers de mètres carrés, un immeuble comportant plusieurs étages ou un chantier éloigné, cette organisation devient encore plus importante.
2. Des secouristes présents… et réellement accessibles
Avoir le nom d’un secouriste affiché sur un mur n’est utile que si cette personne peut intervenir rapidement.
Depuis les modifications réglementaires de 2026, la CNESST indique notamment que, dans un établissement, un secouriste est requis lorsque 50 travailleurs ou moins sont présents simultanément, deux lorsque le nombre se situe entre 51 et 150, puis un secouriste supplémentaire est ajouté pour chaque groupe de 100 travailleurs à partir de 151 travailleurs. Des règles particulières existent notamment pour les chantiers et les travaux d’aménagement forestier. (CNESST)
L’employeur doit également tenir compte de la réalité opérationnelle.
Le secouriste est-il constamment en réunion?
Travaille-t-il dans un bâtiment différent?
Est-il régulièrement sur la route?
Est-il absent pendant les pauses ou certains quarts de travail?
La CNESST précise que la nature du travail d’un secouriste désigné ne doit pas compromettre la rapidité et l’efficacité de son intervention. (CNESST)
La conformité sur papier ne suffit donc pas. Il faut que l’intervention soit réaliste sur le terrain.
3. Une trousse de premiers soins accessible en quelques instants
Imaginez une hémorragie importante et une trousse de premiers soins enfermée dans le bureau du superviseur.
Ou encore une trousse située à l’autre extrémité de l’usine.
Ou pire : une trousse bien visible, mais dont plusieurs compresses ont déjà été utilisées et jamais remplacées.
La CNESST exige un nombre adéquat de trousses placées dans des endroits faciles d’accès et le plus près possible des lieux de travail. Leur contenu doit demeurer propre, complet et en bon état. Le contenu minimal doit respecter la norme CSA Z1220, et le matériel doit être adapté aux risques présents ainsi qu’au nombre de travailleurs. (CNESST)
La CNESST recommande également de vérifier la trousse après son utilisation et de remplacer le matériel utilisé, expiré, sale ou détérioré. (CNESST)
Cette logique correspond directement à la démarche de prévention recommandée par la CNESST : identifier les risques, les corriger et contrôler l’efficacité des mesures mises en place.
Une entreprise utilisant des outils coupants, par exemple, n’a pas exactement les mêmes besoins qu’un bureau administratif.
La trousse doit refléter les risques réels du milieu.
4. Un DEA accessible lors d’un arrêt cardiaque
Lors d’un arrêt cardiaque, chaque déplacement inutile pour rechercher un défibrillateur retarde son utilisation.
Le DEA devrait donc être :
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facilement accessible;
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clairement identifié;
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connu des employés;
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situé à un endroit logique;
-
inspecté périodiquement;
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muni d’électrodes et d’une batterie fonctionnelles et non expirées.
Au Québec, aucune formation préalable n’est nécessaire pour utiliser un DEA : l’utilisateur met l’appareil en marche et suit ses instructions vocales. Lorsqu’un arrêt cardiaque est suspecté, le gouvernement recommande d’appeler le 911, de commencer la RCR et d'utiliser rapidement un DEA lorsqu’il est disponible. (Gouvernement du Québec)
Un appareil installé depuis plusieurs années sans suivi peut toutefois donner un faux sentiment de sécurité.
Les électrodes ont une durée de vie limitée. Les batteries doivent être surveillées. Certains anciens modèles peuvent également utiliser des consommables devenus difficiles à obtenir.
Posséder un DEA et disposer d’un DEA réellement prêt à intervenir sont deux choses différentes.
5. Chaque employé devrait savoir où se trouve le matériel d’urgence
Posez cette question à trois employés choisis au hasard :
« Où se trouve la trousse de premiers soins la plus proche? »
Puis :
« Qui est secouriste aujourd’hui? »
Et finalement :
« Où est le DEA? »
Si les réponses sont hésitantes, votre procédure d’urgence mérite probablement d’être améliorée.
Le guide de prévention destiné aux PME de la CNESST recommande justement que les travailleurs sachent notamment qui appeler, où aller et où trouver le matériel de premiers secours en situation d’urgence.
La signalisation doit être visible et cohérente. Dans une grande entreprise, il peut même être pertinent d’intégrer les trousses, DEA, douches oculaires et autres équipements d’urgence au plan de l’établissement.
6. Une hémorragie grave demande du matériel rapidement disponible
Les coupures représentent une chose.
Une hémorragie massive en représente une autre.
Dans certains environnements présentant des risques importants de lacération, d’amputation ou de traumatisme — ateliers mécaniques, scieries, fabrication industrielle, foresterie, construction ou certains travaux utilisant de la machinerie — une analyse de risque peut justifier du matériel supplémentaire adapté aux blessures susceptibles de survenir.
Le matériel peut notamment comprendre, selon l’analyse de risque et les compétences des intervenants, des pansements compressifs ou d’autres équipements spécialisés de contrôle des hémorragies.
L’objectif n’est pas d’accumuler du matériel complexe que personne ne sait utiliser.
Le bon équipement doit être combiné à une formation adaptée.
Dans certains secteurs à haut risque comme les travaux forestiers, la CNESST insiste d’ailleurs particulièrement sur l’organisation préalable des premiers secours, les moyens de communication, le matériel accessible et les protocoles d’évacuation.
7. Les ambulanciers doivent pouvoir trouver la victime rapidement
L’ambulance arrive devant votre entreprise.
Et maintenant?
Quelle porte?
Quel étage?
Quel département?
Quel chantier?
Quel bâtiment?
Dans une entreprise complexe, les dernières centaines de mètres peuvent faire perdre plusieurs minutes.
Lors d’une urgence sérieuse, désignez une personne pour attendre les secours à un endroit facilement identifiable. Elle pourra :
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ouvrir les portes ou barrières;
-
sécuriser un ascenseur lorsque nécessaire;
-
dégager les corridors;
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guider les ambulanciers;
-
empêcher les curieux de bloquer le passage.
Le gouvernement du Québec recommande précisément de libérer les accès et d’envoyer quelqu’un guider les ambulanciers lorsque cela est possible. (Gouvernement du Québec)
8. Les risques particuliers doivent avoir leur propre réponse d’urgence
Une bonne organisation de premiers soins ne se limite pas à une trousse murale.
Une entreprise utilisant des produits corrosifs pourrait avoir besoin de douches d’urgence ou de douches oculaires.
Un chantier éloigné peut nécessiter une procédure d’évacuation beaucoup plus élaborée.
Un milieu présentant un risque de réaction allergique grave peut justifier la disponibilité d’épinéphrine. La CNESST recommande d’ailleurs, dans les milieux où ce risque existe, de rendre un auto-injecteur d’épinéphrine disponible pour le secouriste près des trousses. (CNESST)
L’évaluation des risques doit donc déterminer non seulement comment prévenir l’accident, mais également comment intervenir si les mesures de prévention échouent.
9. Faire une simulation peut révéler des problèmes invisibles
Voici un exercice très simple.
Imaginez qu’un travailleur s’effondre maintenant.
Chronométrez :
0:00 — L’accident est découvert.
Combien de temps avant que quelqu’un alerte un secouriste?
1:00 — Le 911 doit être appelé.
L’adresse et le bon accès sont-ils immédiatement connus?
2:00 — Il faut du matériel.
Combien de temps faut-il pour obtenir la trousse? Le DEA?
3:00 — Le secouriste intervient.
A-t-il suffisamment d’espace? Les autres travailleurs savent-ils quoi faire?
5:00 — Les secours approchent.
Quelqu’un est-il déjà à l’entrée?
Un simple exercice peut révéler une porte verrouillée, un DEA difficile à trouver, une trousse trop éloignée, un numéro civique invisible ou une équipe qui ignore qui est responsable de quoi.
Ce sont exactement les problèmes qu’il vaut mieux découvrir pendant une simulation plutôt que pendant une véritable urgence.
10. Vérifier le matériel régulièrement est aussi important que l’acheter
Une bonne préparation repose sur trois actions continues :
former, inspecter et remplacer.
La CNESST considère l’inspection, l’entretien préventif, la formation et la supervision parmi les moyens permettant d’assurer la permanence des correctifs en santé et sécurité du travail.
Il faut donc vérifier périodiquement :
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les trousses de premiers soins;
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les dates d’expiration;
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les quantités;
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les sceaux et emballages;
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les DEA;
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les batteries;
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les électrodes;
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la signalisation;
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les moyens de communication;
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l’affichage des secouristes;
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l’accessibilité des équipements;
-
les équipements spécialisés propres aux risques de l’entreprise.
La sécurité d’une entreprise ne devrait jamais dépendre d’un équipement installé plusieurs années auparavant et oublié depuis.
Votre entreprise passerait-elle le test des 10 minutes?
Une entreprise réellement prête à intervenir devrait pouvoir répondre oui aux questions suivantes :
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Un secouriste peut-il être rejoint rapidement?
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Les employés savent-ils comment appeler les secours?
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L’adresse et les accès d’urgence sont-ils clairement connus?
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Les trousses sont-elles accessibles, complètes et adaptées aux risques?
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Le DEA est-il fonctionnel et facilement accessible?
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Les employés savent-ils où se trouvent les équipements?
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Une personne peut-elle guider rapidement les ambulanciers?
-
Les risques particuliers ont-ils été évalués?
-
Le matériel fait-il l’objet de vérifications périodiques?
-
L’équipe a-t-elle déjà réfléchi à ce qu’elle ferait réellement pendant les premières minutes?
Si plusieurs réponses sont négatives, il existe probablement une marge d’amélioration.
Médic Québec : vérifier avant d’avoir à intervenir
Une bonne gestion des premiers soins ne consiste pas seulement à acheter une trousse et à l’installer au mur.
Médic Québec peut accompagner les entreprises dans la vérification et la mise à jour de leurs trousses de premiers soins ainsi que dans l’inspection de leurs défibrillateurs, afin de s’assurer que le matériel demeure complet, accessible et prêt à être utilisé lorsque la situation l’exige.
L’objectif est simple : éviter de découvrir une compresse manquante, des électrodes expirées ou une batterie défaillante au moment où chaque seconde compte.
Conclusion : préparez aujourd’hui les minutes que vous ne pourrez pas récupérer demain
Il est impossible de prévoir exactement quand surviendra une urgence.
Il est cependant tout à fait possible de préparer la réponse.
Une trousse complète, un secouriste disponible, un DEA fonctionnel, un système de communication efficace, des accès dégagés et une équipe qui connaît son rôle peuvent transformer complètement les premières minutes suivant un accident.
La CNESST rappelle d’ailleurs que la prévention doit être intégrée à la gestion courante de l’entreprise et reposer sur l’identification, la correction et le contrôle des risques.
Ne demandez donc pas seulement :
« Sommes-nous conformes? »
Posez plutôt la question qui compte réellement :
« Si une urgence grave survenait maintenant, serions-nous capables d’agir immédiatement? »
